Reproduction des Amaranthacées : une hypothèse

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sylvain
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Reproduction des Amaranthacées : une hypothèse

Message par sylvain » ven. 21 sept. 2018 04:33

Bonjour à tous !

Je ne suis pas botaniste, mais je fais des observations et je m’intéresse à la reproduction des plantes.

Hier, 20 septembre 2018, j’ai fait une observation dont je m’interroge sur l’interprétation. Elle concerne les fleurs de Kali australis (R.Br.) Akhani & Roalson, 2007 (Soude de Ruthénie), famille des Amaranthaceae, déterminée récemment à partir des fruits caractéristiques, observée sur une nouvelle station, à Leucate-Plage, dans des enrochement en haut de plage. J’ai profité de la découverte de cette seconde population pour rechercher et observer des fleurs en examinant avec attention l’extrémité des rameaux, dont j’ai ramené rapidement une dizaine d’extrémités à mon labo.

Selon APG IV, les Amaranthaceae incluent les Chenopodiaceae, qui sont toutes des plantes aux fleurs particulièrement difficile à voir. Selon mon expérience, ce sont les gros sacs polliniques jaunes (ou blancs) en couronne qui les rendent le mieux visibles (Chenopodium album).

En examinant les extrémités de ces rameaux à la loupe binoculaire, j’ai pu voir quelques fleurs avec précision.

Tout d’abord, voici la partie terminale d’un rameau. Chaque groupe de 3 feuilles épineuses (sépales ?) abrite une fleur qui ne tarde pas à devenir fruit :
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Les fleurs situées à la toute extrémité du rameau se matérialisent tout d’abord par une sorte de cône allongé à base étroite dont dépassent deux longs filaments que j’interprète comme étant des stigmates bifides. Premier problème, les Amaranthaceae sont apparemment connues pour posséder 3 stigmates… et non deux :
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Kali australis-3a-LeucatePlage-20 09 2018-LG.jpg (173.3 Kio) Vu 465 fois

Une vue rapprochée de ces filaments, prise au microscope avec un objectif 10x, permet d’observer des papilles à leur surface, structure qui n’est pas choquante pour un stigmate :
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Kali australis-3b-LeucatePlage-20 09 2018-LG.jpg (77.43 Kio) Vu 465 fois

Là où cela devient troublant, c’est que ces structures papilleuses de surface sont toujours collantes et généralement encombrées de particules diverses, en plus de grains de pollen de différentes espèces. Là elles sont propres et cela est très inhabituel. Mais d’un autre coté, cela fait plusieurs jours qu’il n’y a pas de vent, chose rarissime dans la région (léger régime de vent marin) et l’observation me conduit à conclure que la durée de vie de ces structures est très éphémère, de l’ordre de quelques heures. L’observation ayant été faite en tout début de matinée, dans une atmosphère sans vent du tout, leur propreté est peut-être affaire de circonstances exceptionnelles.
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Quoi qu’il en soit, en remontant le temps en suivant le rameau, on rencontre ensuite des fleurs épanouies et leur couronne de sacs polliniques qui, eux aussi, sont éphémères :
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Mon impression au sortir de ces observations, c’est que lorsque l’ovaire supère est fécondé son gonflement et la poussée simultanée des anthères au filet épais, écartent les pétales membraneux révélant la structure de la fleur.
Sur l’image suivante on distingue mal, au centre, l’ovaire déjà gonflé et au sommet desséché (détails qui étaient clairement visibles aux oculaires du microscope mais que l’image ne rend pas : ovaire bombé avec une petite structure racornie dépassant de son sommet) :
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Kali australis-3e-LeucatePlage-20 09 2018-LG.jpg (137.81 Kio) Vu 465 fois

Si mon interprétation est correcte, je pense qu’il s’agit là d’une pratique commune aux Amaranthes : dans un premier temps la fertilisation, puis, dans un second, la libération du pollen. Cette succession temporelle, éviterait tout risque d’autofécondation de la fleur chez ces plantes fertilisées par le vent (anémogames), ce qui possèderait une certaine logique sur le plan génétique, chaque fleur étant génétiquement distincte de ses voisines.


Mais mon interprétation est-elle correcte ?


Amicalement
Sylvain

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